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Histoire de

“Dimitri Casali : « L’autisme politique des états Occidentaux n’a cessé d’affaiblir ou d’éliminer les régimes qui servaient de rempart aux terrorisme islamique »

Dimitri Casali

Historien et auteur d’une quarantaine d’ouvrages sur la discipline qu’il a enseigné autrefois en ZEP, Dimitri Casali revient sur les causes et conséquences de la poussée islamiste directement liée à l’invasion de l’Irak.

Anneauregards.net : Dimitri Casali, nous fêterons l’an prochain le centenaire de la chute de l’Empire ottoman, pourtant jamais la poussée islamiste ne s’est mieux fait sentir…

Dimitri Casali : En effet, ensemble, la Grande Bretagne et la France, nous avions construit le Moyen Orient. L’ère géopolitique que nous avons alors connue pendant 80 ans (de 1918 à la chute définitive de Saddam Hussein en 2003) est issue d’une reconfiguration imaginée avec nos amis anglais à la chute de l’Empire ottoman, en 1918. Tout fut remis en cause : frontières, zones d’influence, leadership… Rappelons que ces accords secrets Sykes-Picot de 1916 prévoyaient le partage du Moyen-Orient arabe en zones d’influences françaises et britanniques. Puis la conférence de San Remo (1920) attribua des mandats britanniques et français sur l’Irak, la Jordanie, la Syrie et le Liban, aux frontières artificielles qui coupaient souvent des unités géographiques, humaines et culturelles évidentes.

Pourriez-vous en rappeler les causes ?

Dimitri Casali : En 1991, les États-Unis déclarent la guerre à l’Irak pour empêcher l’invasion du Koweït. La guerre du Golfe bénéficie d’une large coalition mondiale. Saddam Hussein est vaincu mais maintenu au pouvoir, et le pays subit un embargo. Pendant douze ans, l’Irak figure sur l’« axe du Mal » fustigé par le président américain George W. Bush à la suite des attentats du 11 septembre 2001, dans le cadre de sa campagne contre le terrorisme international et les pays qui le soutiennent. Le président américain et ses conseillers déclenchent la seconde guerre du Golfe, qui se termine avec l’invasion de l’Irak par les Etats Unis et ses alliés. Ici se situe un des seuls succès de l’ère du président Jacques Chirac avec le refus d’intervenir en Irak.

Dimitri Casali

Les vestiges de la guerre du golf…

Et les conséquences proches ?

DC: – Aujourd’hui, le Moyen Orient est donc totalement déstabilisé. Après l’Irak, ce fut la Syrie avec la politique douteuse qui fut la nôtre. L’autisme politique des états Occidentaux n’a cessé ces dernières années d’affaiblir ou d’éliminer les régimes. Ces derniers servaient de rempart aux terrorisme islamique. Attaques contre les partis Baas Irakien et Syrien, élimination de Saddam Hussein en 2003, élimination de Kadhafi en 2011.

En 2011, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, la pression d’un aréopage d’intellectuels soi-disant engagé au premier chef duquel nous trouvons Bernard Henri Levy, alors ami personnel de Carla Sarkozy, rendit possible une intervention visant à terrasser Kadhafi. Le chaos qui s’ensuivit permit aux obscurantistes du tout le nord de l’Afrique, Sahel compris, de mettre la main sur un arsenal militaire considérable. Jamais ceux-ci n’auraient imaginé pareille aubaine même dans leurs rêves les plus fous ! L’expansion de Daech vers l’Afrique du Nord à partir de la Libye empire encore aujourd’hui chaque jour. Si L’Etat Islamique venait à prendre pied définitivement au Maghreb, il ne tarderait pas à traverser la Méditerranée car il est mouvement messianique dont le but est de conquérir l’Europe. Les Occidentaux vont beaucoup regretter des dictateurs arabes comme Saddam Hussein ou Kadhafi.

Quid des déstabilisations et des renforcements des migrations ?

Dimitri Casali : – Depuis les printemps arabes de 2011 « hivers arabes sans fin », la guerre civile et le chaos se sont installés en Syrie, Libye et Égypte. Cela a alors conduit le danger aux portes même de l’Europe. Ce ne sont pas moins que des centaines de milliers de réfugiés africains. Soudanais, érythréens, éthiopiens, somaliens, nigérians… Tous fuient le groupe islamiste Boko Haram ou les djihadistes Shebab. Déjà plus de 4 millions de Syriens ont fui le chaos de la guerre au péril de leur vie.

Dimitri Casali

Le printemps arabe a créer encore plus d’instabilité

Une partie de ces populations passent donc par la Libye. Là-bas, les milices y sèment la terreur et les passeurs exploitent honteusement les réfugiés. Ils n’hésitent pas ensuite à les balancer à la mer. Parfois enfermer dans les cales de bateaux de fortune !

L’incurie des autorités européennes est, hélas démontrée. Certes, les dirigeants européens sont intervenus à l’automne 2015 sur le tragique dossier des milliers de migrants morts en Méditerranée. Il n’en demeure pas moins que notre continent ne semble pas pour autant prendre la mesure de la gravité de la situation au Moyen Orient et en Afrique.

Retrouvez le site de Dimitri Casali ici.

 

2 Responses to ““Dimitri Casali : « L’autisme politique des états Occidentaux n’a cessé d’affaiblir ou d’éliminer les régimes qui servaient de rempart aux terrorisme islamique »”

  1. […] Gens sérieux, il va falloir vous réveiller. Et vite. Sans quoi nous risquons de connaître un embrasement mondial. En partie avec les mêmes commanditaires que lors de la première et de la seconde guerre mondiale… Dimitri Casali explique les conséquences de cette guerre ici. […]

  2. […] ne sera en mesure de préserver ses économies intérieures que si elle parvient à éviter que la guerre en Irak n’ait lieu. Cette guerre, en effet, risque d’être l’un des éléments déclencheurs […]

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